Rapporteurs Vincent Benso (Techno+) & Salim Mezaache (AP-HM)

Trois constats ont émergé lors de l’atelier :
– La diffusion de la kétamine, qui a commencé par un changement radical d’image il y a plus de dix ans, est actuellement dans une phase d’accélération exponentielle. Une diffusion qui part des free parties, mais qui s’élargit aux différentes composantes de l’espace festif techno, et qui commence même à en sortir un peu (chemsex, queers, étudiants, milieux festif urbain : bars, soirées privées…).
– La baisse des prix, qui, elle aussi en forte accélération: il a fallu dix ans pour passer de 50 euros à 40 euros, cinq ans pour passer de 40 euros à 30 euros, deux ans pour passer de 30 euros à 20 euros, et aujourd’hui, on peut en acheter pour 10 euros. À partir de 10-20-30 grammes, on peut trouver de la kétamine à moins de 5 euros le gramme, ce qui en fait le produit le moins cher actuellement vendu en France. Cela favorise des consommations massives, d’autant que la kétamine induit une tolérance très importante
– Et des problèmes sanitaires : des fausses routes, ke-pains ou « aliens » – le nom donné par les consommateurs aux douleurs et crampes à l’estomac, qui sont très invalidantes et sur lesquelles il y a assez peu de littérature ; sang dans les urines ; des infections urinaires, etc. Une augmentation des problématiques, et un système d’aide et de soins a priori toujours inadapté.
Comment réduire les risques ?
D’où la nécessité de travailler sur le sujet, autour d’une question générale : Comment, d’un point de vue RdR, accompagner l’élargissement de la consommation de kétamine ? Avec également des sous-objectifs :
– Documenter les différents profils de personnes qui consomment, leurs pratiques, les fonctions et les bénéfices de l’usage de kétamine (questionner le rapport au corps, le rapport au trauma, au genre, à la santé mentale, aux bénéfices festif, sociaux, etc.).
– Mieux documenter les stratégies de réduction des risques utilisées par les personnes qui consomment et les associations face aux problèmes sanitaires. Vérifier si elles sont bien fondées et connaître leur efficacité, en s’appuyant sur les savoirs expérientiels des personnes.
– Et comment changer de paradigme pour que les personnes rencontrant des difficultés avec leur consommation de kétamine trouvent un accompagnement qui leur convient, sachant que l’accompagnement existant semble inadapté? Il s’agit de sortir du modèle de sevrage obligatoire pour aller vers un accompagnement des consommations, permettre aux personnes de savoir où s’adresser en fonction des problèmes sanitaires rencontrés.
« Sur PsycoACTIF, ça fait un an et demi qu’on voit arriver des personnes qui consomment entre 5 et 10 grammes par jour, avec plein de modes de consommation différents (injections intramusculaires, sniff…), et qui, après deux à cinq ans de consommation, se retrouvent avec super mal à la vessie, des calculs rénaux, des problèmes à la vésicule biliaire… Il n’y a absolument rien sur la réduction des risques et rien non plus pour le sevrage. » (Pierre Chappard)
« L’enquête « Psychédélik », qui questionne les usages profanes des psychédéliques est lancée, et va permettre de recruter des personnes qui consomment régulièrement de la kétamine, d’en savoir plus sur ses fonctions, les stratégies mises en œuvre par les usagers, et surtout le « set and setting », l’impact du contexte de consommation sur les effets des produits. » (Perrine Roux)

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