Rapporteurs Perrine Roux (Sesstim) et Pierre Chappard (PsychoACTIF)

Cet atelier nous a amenés à compléter la liste d’items sur les bénéfices du questionnaire CheckNow, et aller plus loin dans les bénéfices à long terme de l’usage de drogues. Parce qu’au-delà des bénéfices immédiats, pourquoi ne pas essayer de comprendre les bénéfices que les personnes retirent d’une expérience d’usage un peu longue, ce qu’aura apporté cette expérience de consommation ?
Pourquoi parle-t-on de bénéfices ? Parce que des études montrent maintenant que, pour combattre la prohibition, la stigmatisation, les représentations, il faut parler des bénéfices. Au niveau clinique, parler des bénéfices permet de redonner du sens à l’usage. En RdR, on ne peut pas parler des risques si on ne comprend pas les bénéfices liés à l’usage.
Les bénéfices à court terme sont de deux sortes : ceux recherchés et ceux vécus, qui ne sont pas tout à fait les mêmes. Nous avons donc rajouté d’autres bénéfices à court terme, comme le développement personnel, la déconnexion ou la baisse de la charge mentale.
Nous avons ensuite évoqué les bénéfices à long terme – dont beaucoup ressemblent à ceux à court terme : par exemple, s’anesthésier, améliorer le plaisir charnel, améliorer la créativité, gérer les pensées suicidaires, éveil spirituel, diminuer la douleur, sentiment d’appartenance, épanouissement sexuel, gestion de la dépression/séparation, arrêter les cauchemars, acquérir des savoirs expérientiels, être aidant. On en a certainement oublié.
Et l’issue concrète de cet atelier, c’est que nous allons travailler dès la semaine prochaine sur le questionnaire de CheckNow afin d’ajouter un module sur les bénéfices à long terme.
Ensuite, grâce aux données collectées auprès des mille personnes ayant participé à l’enquête, nous essaierons de mettre en lien ces différentes variables, les bénéfices en lien avec les types de produits, en lien avec les complications…
Usage thérapeutique, usage en lien avec la performance sociale, fonctionnelle… : ces bénéfices pourraient être présentés quand on parle des drogues, au même titre que les usages, les complications, les risques et les facteurs de risques. Et donner ainsi une part de vérité, parce que comprendre les usages, c’est aussi apporter ces informations sur les bénéfices.
« Cela fait déjà un petit moment qu’on se disait que dans les publications scientifiques, il fallait arrêter de parler uniquement des effets négatifs des drogues. C’est important de l’avoir en tête quand on écrit nos papiers, d’avoir aussi ce prisme-là. » (Marion Di Ciaccio, Sesstim)
« Il faut absolument distinguer fonction et bénéfice, qui sont deux choses très différentes. Les bénéfices apportent quelque chose en plus, alors que les fonctions aident à mieux vivre quelque chose qui préexiste. Dans les Csapa, aucune affiche ne présente les usages sous l’angle des fonctions ou des effets recherchés par les produits. Il ne faut pas s’étonner que les gens ne nous parlent que du mal que ça peut leur faire, en évitant soigneusement d’aborder la partie fonctionnelle, utile, voire vitale pour certains. » (Mathieu Fieulaine, Modus Bibendi)

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