Empower Drug User (EDU ) : les premières données

Perrine Roux et Victor Martin (photos Sébastien Fragoso)

Le projet EDU

(Victor Martin, Bus 31/32)

Empower Drug User (EDU) est un projet de l’e-RdR qui vise à favoriser l’autonomie et l’empowerment des jeunes PUD, avec une attention particulière envers les publics dits « les plus vulnérables » et « les plus éloignés du soin ».

Historique et contexte

Les premières interventions et initiatives en ligne de Plus Belle la Nuit (PBLN, un dispositif d’intervention en milieu festif urbain du Bus 32/32) remontent à 2013-2015, et le projet EDU a été financé à partir de 2020. Outre le fait de favoriser l’autonomie, notre objectif est de banaliser la RdR, de normaliser les discours positifs sur les drogues, et de participer à la structuration de la e-RdR.

Parmi les objectifs plus spécifiques, il y a l’information, en favorisant l’autonomie et la détermination des PUD, et l’accompagnement et l’orientation vers les services compétents en fonction des demandes spontanées. Avec les personnes au centre, car on ne décide pas de la place des gens, on respecte leur temporalité.

Un projet multidisciplinaire, donc riche et communautaire, avec des profils de plus en plus diversifiés : un responsable de projet, des psys, des intervenants e-RdR, et plein de profils polyvalents, des gens qui ont des compétences en graphisme, en Community management, en e-RdR, qui ont bossé en milieu festif, en Caarud, un peu partout. Des personnes concernées de près ou de loin par les communautés auprès desquelles nous intervenons. Et c’est cette diversité qui fait que ça marche. 

Allers vers numérique

Nos thématiques principales, sont de rendre les consommations plus safe, et s’intéresser aux axes santé mentale, aux troubles concomitants, au chemsex… Nous intervenons sur les espaces numériques interactifs, avec une approche multiréseaux (Facebook, Instagram, TikTok…), qui n’ont pas tout à fait les mêmes publics, pas tout à fait les mêmes files actives, pas les mêmes répartitions de genres, pas les mêmes tranches d’âge. Cela permet d’atteindre des populations différentes et d’élargir la diversité des groupes atteints. Nous ciblons différents publics en fonction des supports, des personnes, avec des contenus qui leur sont spécifiquement destinés.

Une stratégie d’aller-vers numérique, sous toutes sortes de formats (www.kepsmag.fr) : des mèmes, des témoignages, des actus, des podcasts… grâce auxquels nous touchons environ 2,2 millions d’utilisateurs, soit une large exposition aux informations que nous diffusons. Les orientations vers le soin sont renforcées et la croissance de la file active est exponentielle.

Petit focus sur les entretiens cliniques, les accompagnements : il y a aussi du travail de e-santé, une offre de soins avec une psychologue qui fait des entretiens, des intervenants e-RdR qui font des entretiens. Un grand nombre d’entretiens annuels et des orientations en fonction des besoins. On peut faire de la réassurance en ligne, faire venir des pompiers chez quelqu’un en ligne… On peut faire plein de choses en ligne, et c’est particulièrement intéressant.

Défis et perspectives

Les plateformes numériques évoluent extrêmement rapidement, tout le temps, il faut s’adapter constamment, revoir les pratiques, les méthodes, et ajuster en continu. Et s’adapter aussi à l’évolution des pratiques de consommation, à l’évolution de l’usage des réseaux sociaux par les jeunes, à celui des plateformes elles-mêmes. C’est très complexe. Il faut évaluer les impacts en continu et se réadapter tout le temps.

Les projets à venir, sont de constituer une cohorte numérique pour réinterroger les personnes chaque année sur la base du questionnaire initial, en le complétant davantage, dans une synergie entre recherche et RdR au profit des personnes utilisatrices de drogues.
Mais aussi d’étendre les partenariats avec des acteurs de la société civile, afin de dépasser les seuls secteurs sanitaire, RdR ou addictologie.
Explorer de nouveaux canaux pour poursuivre le développement d’un outreach en ligne diversifié, pour impacter des populations dites « cachées », ou « plus vulnérables ».
Étendre davantage l’impact vers les populations racisées et les collectivités d’outre-mer, car il existe encore peu de contenus qui leur sont spécifiquement destinés.
Et poursuivre le renforcement de l’inclusivité du projet, le rendre toujours plus inclusif et diversifié, pour toucher des personnes avec des contenus créés spécialement pour elles, adaptés à leur réalités.

Les premières évaluations

(Perrine Roux, SESSTIM)

Comment la science peut-elle accompagner ce type d’action numérique ? En essayant de comprendre en quoi les personnes exposées à ces informations numériques, ou à ces échanges, peuvent en tirer des comportements de santé ou un impact positif sur elles, leur empowerment, leur capacité à aller chercher les informations.

Il s’agissait donc d’une enquête longitudinale en ligne avec deux questionnaires, à l’inclusion et six mois après, avec une e-cohorte recrutée selon la même méthodologie que la cohorte CheckNow.
Construit avec les différentes associations d’autosupport, ce questionnaire nous permis d’ajouter des dimensions très peu étudiées en santé publique ou en épidémiologie sur les bénéfices et les fonctions des drogues. Nous avançons donc pas à pas pour essayer de voir quelles sont ces fonctions et ces bénéfices, sachant qu’il n’y a évidemment aucune échelle réellement validée dans ce domaine pour l’ensemble des drogues. Nous avons travaillé ensemble pour essayer de lister un peu l’ensemble des bénéfices et les fonctions possibles susceptibles d’expliquer la consommation de produits.
Ce qui nous a aussi permis de regrouper ces différents bénéfices et d’avoir des profils de bénéfices, ce qui s’avère particulièrement intéressant. Cela permet surtout à l’épidémiologie d’apporter de nouvelles questions, qui étaient complètement inexistantes auparavant.

L’idée était d’évaluer l’intervention numérique communautaire menée auprès des usagers de drogues recrutés via Keps, d’abord en termes d’augmentation des demandes spontanées d’aide, de conseils, d’accompagnement de la part des consommateurs présents sur les réseaux sociaux.
La cohorte recrutée comptait 438 personnes, avec 46% d’hommes, 40% de femmes et 14% de minorités de genre, soit une représentation plus forte que dans les enquêtes habituelles, ce qui est intéressant. L’âge moyen est d’environ 28 ans, médian à 27 ans, la grande majorité des personnes ayant un niveau d’éducation supérieur au bac.

Les premiers résultats ont consisté à mettre en lien plusieurs variables d’intérêt, type de drogues consommées, motivations à l’usage, comportements de santé (demandes spontanées, recherche d’informations, téléconsultations, etc.) et la variable étudiée (exposition à l’interface numérique KEPS).

La cohorte CheckNow

(Perrine Roux, SESSTIM)

Pensée avec PsychoACTIF et l’équipe SantéRCom, CheckNow est une e-cohorte qui a démarré en juin afin d’évaluer l’impact de l’analyse de drogues sur les usagers, en termes de réduction des complications liées à l’usage mais plus largement, d’amélioration des connaissances, des compétences, de la capacité d’agir, du partage de savoirs entre usagers.
Une cohorte, qui sera suivie (nous l’espérons) sur plusieurs années, de personnes, qui sont souvent peu évaluées et représentées dans les enquêtes, avec l’idée de comprendre leurs caractéristiques, en creusant la question des bénéfices, des fonctions des drogues, en étudiant le lien avec les profils, les drogues consommées, pour essayer de mieux comprendre les usages et déstigmatiser les usagers.

Cette recherche a un comité de pilotage qui rassemble des institutionnels et des personnes représentant la RdR en France, un conseil scientifique, et un conseil communautaire – ce qui est assez nouveau dans nos études – pour garantir que cette recherche est participative et qu’il y a un espace dans lequel les associations peuvent s’exprimer. Un conseil communautaire où nous avons notamment pu travailler l’élaboration du questionnaire.
Nous avons également fait une campagne de communication assez attractive « Je fais de nos expériences une connaissance », en travaillant ensemble sur les messages, les éléments de langage, etc.

Le questionnaire n’est pas très long, il se remplit en ligne, avec tout un module sur les bénéfices. L’objectif, était de recruter 1 000 personnes et de les suivre pendant un an. Actuellement, nous en sommes à environ 1 000 personnes recrutées, le COPIL ayant demandé à pouvoir recruter dans les Caarud, parce que les personnes en situation de précarité ne peuvent pas, pour beaucoup, remplir le questionnaire via un smartphone ou un ordinateur. Nous aurons donc à peu près 200 personnes des Caarud représentées dans la cohorte.

Premiers résultats

L’analyse de drogue à distance (un service proposé par PsychoACTIF et Psychonaut) :
Sur les 828 personnes recrutées, beaucoup n’utilisent pas l’analyse de drogue, parce que c’est un service non disponible partout sur le territoire et que tout le monde n’utilise pas ce service-là. L’idée de la cohorte, c’est de comparer ceux qui l’utilisent versus à ceux qui ne l’utilisent pas pour avoir des données d’efficacité.
23,8% l’ont utilisé en face-à-face, donc dans un service fixe, et 13% à distance.
Qui utilise l’analyse de drogue à distance ? Des publics en milieu rural, des personnes plutôt plus âgées, c’est donc vraiment un service qui apporte plus que l’analyse fixe, un service complémentaire important à valoriser.

– Sur le module des bénéfices (1 165 réponses valides) : un modèle d’équation structurelle a permis de faire émerger 5 profils de bénéfices (ou de motivations à l’usage).
Un profil un peu thérapeutique, avec des gens qui prennent des drogues pour la douleur physique, le sevrage, le sommeil, etc.
Un profil qui cherche à apprendre des substances pour améliorer notamment sa performance cognitive, lutter contre la fatigue, améliorer la concentration et la performance intellectuelle.
Un profil assez populaire : pour la gestion émotionnelle, « emotional coping » en anglais, lutter contre le stress.
Un profil pour la performance sociale : des gens qui prennent des drogues pour faciliter la sociabilisation.
Et enfin un profil pour la recherche de plaisir.

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