Regard sur l’invisible : une enquête sur l’injection en espace festif

« Nous, on veut pas de ça ici », « Si on en chope un, on le cogne », « C’est mauvais et ça peut donner des idées aux jeunes »… Voilà le type de discours qu’on entend dans le milieu techno alternatif au sujet de l’injection en espace festif (IEF). Comme c’est souvent le cas des mécanismes collectifs d’autocontrôle, la stigmatisation de l’injection est à double tranchant : d’une main, elle protège l’espace festif de la diffusion de cette pratique, de l’autre, elle majore les risques pris par les injecteurs en les poussant à une clandestinité souvent incompatible avec les principes d’une injection à moindres risques. Il est ainsi arrivé à l’association Techno+ (comme sans doute aux autres associations de réduction des risques officiant en espace festif) de devoir batailler avec des organisateurs refusant que du matériel d’injection soit distribué lors de leur événement.

L’injection interroge aussi les associations de RdR « festive » en interne. Le débat se cristallise généralement autour des modalités de distribution du matériel : comment choisir entre un accès libre qui risque de favoriser les passages à l’acte et un accès sur demande qui pourrait exclure des injecteurs voulant garder leur pratique secrète ? C’est pour trancher cette polémique qu’en 2007, nous avons décidé d’interroger les demandeurs de matériel d’injection à ce sujet. Dans le cadre de notre projet naissant de veille des pratiques à risques, nous décidâmes d’inclure quelques questions afin de documenter cette pratique si méconnue. Indépendamment des résultats qu’il nous a permis d’obtenir, ce questionnaire s’est aussi révélé un formidable outil d’entrée en contact avec une pratique qui mettait mal à l’aise beaucoup de volontaires. Comme le note un sondé à la fin du questionnaire : « Cette enquête ouvre le dialogue… Enfin ! »

À lire dans le numéro de Swaps spécial Injection

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