Le réseau Harene s’est réuni pour son séminaire annuel les 9 et 10 novembre 2023 à Coco Velten à Marseille. Une occasion pour ses membres de se retrouver et de travailler ensemble sur des problématiques de recherche communes l’année prochaine, et de lancer des pistes de réflexion.

Définir la recherche communautaire, un enjeu essentiel

Un des objectifs de ce séminaire était de réfléchir à définir le concept de recherche communautaire et participative. Une étape cruciale pour avancer ensemble sur des bases communes et des définitions claires. Plusieurs éléments sont ressortis :
Les savoirs expérientiels et académiques ont la même importance.
La recherche doit être pensée par et pour les communautés, et ces dernières doivent pouvoir intervenir à chaque étape du processus de recherche.
La recherche communautaire est engagée et politique.
Définir la communauté est primordial pour comprendre les diversités des expériences et des expertises.
Un cadre d’exigence est également nécessaire : rigueur des données produites, confiance, écoute, harmonisation des pratiques, prise en compte des populations « cachées » et des « angles morts ».
Des outils ont également été mentionnés pour assurer une bonne pratique de la recherche communautaire, comme :
La mise en place d’un conseil communautaire
Prendre en compte le contexte politique de la recherche
Élaborer des guides d’auto-évaluation

Groupes de recherche

Les membres du réseau Harene ont également travaillé sur 3 questions ayant pour objectif d’être déployées sous la forme de projets de recherche en vue de les soumettre à des appels à projets.
Un premier groupe de travail s’est constitué autour de la question de l’impact de la criminalisation des usages avec un focus sur le coût social de la prohibition. Ce groupe de travail a donné lieu au dépôt du projet de recherche « Sécurité routière et tests de dépistage de stupéfiants : chaîne de valeur, pratiques professionnelles policières et conséquences pour les usagers de la route » dans le cadre de l’appel à projets 2024 de l’IReSP « Conduites addictives et drogues (CAD) : Prévention, mécanismes, repérage et accompagnement ».
Un deuxième groupe de travail portait sur les bénéfices liés à l’usage de drogues. Ce groupe a fait le constat que la littérature scientifique apporte des connaissances essentiellement tournées vers les risques et le complications liées à l’usage de drogues. Cependant, peu de travaux s’intéressent aux bénéfices et aux fonctions de drogues. Un module a été ajouté au projet d’analyse de drogues ChecKnow. À la question « habituellement, quels sont les effets que vous recherchez dans vos consommations ? », plusieurs réponses axées sur les bénéfices liés aux drogues sont proposées comme la gestion/augmentation de la concentration, l’amélioration de la confiance en soi, des performances physiques ou intellectuelles, l’accès à des sensations agréables comme le plaisir et la détente ou encore la facilitation des rapports sociaux/interactions sociales avec l’entourage.
Un troisième groupe portait sur la notion de stigmatisation. La discussion a démarré par la présentation du projet AI4DU financé par l’IReSP. Ce projet avait pour objectif initial d’utiliser l’intelligence artificielle pour créer un système de recommandations pour les personnes qui fréquentent le site psychoactif.org dans l’optique de favoriser le partage des savoirs. Le développement de ce système devait s’appuyer sur un profilage des utilisateurs du site. Cependant, après une phase exploratoire sur la construction de ces profils d’usagers de PsychoActif, ses membres ont jugé que ce profilage n’était pas pertinent et surtout enfermait les utilisateurs dans des catégories qui ne reflétaient pas forcément la réalité. Ainsi, une réorientation des objectifs a eu lieu afin d’utiliser l’IA pour identifier les éléments de stigmatisation qui pouvaient exister dans les discussions des forums de PsychoActif. Les modérateurs de Psychoactif font ce travail de collecte de phrases ou morceaux de phrase afin ensuite d’entraîner la machine à reconnaître la stigmatisation, qu’elle soit vécue ou produite. À partir de là, la discussion a permis de proposer de nouveaux objectifs, notamment celui de mieux questionner les contextes et les effets de la stigmatisation en mobilisant une étude qualitative socio-anthropologique utilisant une analyse de contenus plus fine.

En savoir plus sur Recherche interdisciplinaire et communautaire sur la réduction des risques

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture